Article paru dans LES NOUVEAUX DOSSIERS DE L'AUDIOVISUEL du mois de novembre décembre 2005 N° 7.
Le blog, un « journal extime »
Au moment même où « blog », abréviation de weblog (carnet en ligne), entre en majesté dans le Larousse, une commission de surveillance du langage intime de le remplacer par « bloc ». Le télescopage en dit long sur la vitesse à laquelle le phénomène s'est étendu. Sans songer le moins du monde à la Toile, Michel Tournier a fourni la meilleure définition de cette pratique : un« journal extime ». Je l'ai faite mienne.
Amateur ou professionnel
Quand on parle de blog, il faudrait toujours préciser : amateur ou professionnel ? Les deux ont peu à voir l'un avec l'autre. Les premiers, personnels, servent à communiquer des nouvelles de soi au reste de la planète avec la conviction que cela ne manquera pas de la concerner ; le terrain psychologique est bien préparé par un air du temps où l'individu est roi, la transparence la règle et la télé réalité un absolu. Les « skyblogs », dont la radio préférée des adolescents, Skyrock, s'est fait le pivot, servent à exprimer des messages existentiels (lâchage d'une petite amie...) qui peuvent aller jusqu'à la volonté d'en finir avec la vie ou de commettre un assassinat. Il en naît et il en meurt en France des milliers chaque jour. Les seconds, thématiques, ont une autre vocation. Le blogueur est souvent une personnalité, journaliste, écrivain, artiste ou homme politique, qui doit sa notoriété au thème traité dans son blog. La nouveauté du support induit nécessairement un autre type d'écriture, de ton et de réflexion ; on se lâche d'autant plus facilement que ce n'est pas gravé dans le marbre, contrairement à l'imprimé. Car on n'écrit pas son blog, voué à être reçu dans l'instant, comme on écrirait son journal intime destiné à être publié un jour lointain. On prend nécessairement en compte, consciemment ou pas, sa triple spécificité : rapidité, gratuité, interactivité.
Rapidité, gratuité, interactivité
Rapidité ? La capacité à réagir plus vite que la presse écrite et parfois même que les radios fait parfois l'impasse sur certaines vérifications, défaut qu'atténue largement la faculté de correction permanente.
Gratuité ? Un lecteur mécontent a moins à coeur à crier « Remboursez ! » quand cela ne lui a rien coûté, ce qui n'est pas le cas d'un quotidien ou d'une radio du service public. Interactivité ? Fondamental. La meilleure illustration du côté si-tous-les-gars-du-monde sous-jacent à l'idéologie de départ de l'internet. Je n'appartenais pas à cette internationale. J'y suis entré en 2004 par le biais de la blogosphère que Jean-François Fogel, éminence grise du Monde, m'a fait découvrir en m'incitant à surfer sur quelques dizaines de blogs new-yorkais. Ce que je fis pendant un mois. Des vrais blogs et non des sites aux allures de blogs comme il en pullule en France. Car le blogging est une activité qui prend en moyenne une à deux heures par jour et bien peu acceptent de fournir un tel travail toute l'année. Je revins de ce voyage autour de ma chambre avec la conviction que les « lettres confidentielles » étaient un genre périmé. Et que pour parler de la vie littéraire, le blog était un moyen révolutionnaire. Fogel et l'équipe du monde.fr me proposèrent alors de tenter l'expérience. À l'aveuglette : pas de modèle économique, ni même journalistique. Ça m'excitait comme tout ce qui est nouveau. Il fallait inventer une forme. Ayant toujours été journaliste et écrivain, il m'a paru naturel d'orienter mon blog dans trois directions : l'information, la critique, la réflexion. Quitte à en créer une quatrième qui les mêlerait. Pourquoi pas ?
Écrire à flux tendu
Rien n'est personnel comme un blog. On peut tout s'y permettre, dès lors qu'on respecte les lois qui régissent la presse. J'ai commencé en octobre 2004. On m'avait suggéré de mettre des billets en ligne deux fois par semaine. Dès le premier jour, ayant des idées et des envies tout le temps, j'ai décidé d'écrire à flux tendu. Le risque ? Quand on est lancé, il ne faut pas s'arrêter, sinon les internautes vous engueulent. Le secret, c'est donc la permanence et la durée, meilleur moyen de fidéliser les lecteurs. Les résultats ont tout de suite été encourageants : 2 500 pages vues chaque jour (4 500 en juin 2005) et un nombre de visites en augmentation régulière.
Au début, je ne voyais pas l'intérêt d'autoriser les commentaires ; j'imaginais une sorte de « courrier des lecteurs ». Très vite, il s'est imposé d'évidence. On m'avait mis en garde contre le « ton » un peu particulier des internautes. Je n'ai pas été déçu. La moitié des interventions était alors d'une violence inouïe, méprisante, voire raciste. Une lutte d'autant plus injuste que la plupart des commentateurs se dissimulent derrière un pseudonyme, bel exemple de lâcheté quand on insulte son interlocuteur. Et c'est une telle volupté de se payer publiquement la tête de quelqu'un de connu ! Car tout cela se déroule urbi et orbi. Comme j'écrivais assez vite, je ne prenais pas le temps de tout vérifier. Une légion de petits profs s'est alors improvisée, pour m'administrer la correction quotidiennement.
Au bout de deux mois, j'ai annoncé que je cessais de lire les commentaires. Alors l'ensemble des internautes a réagi en les boycottant. Début 2005, tout revenait dans l'ordre. Depuis, sans que nul ne bride son agressivité,
chacun dit ce qu'il a à dire. Certaines notes provoquent parfois plus de 200 commentaires ! Cela prend un temps fou de les lire. Une douzaine de fois, j'ai dû bannir définitivement ceux qui dérapaient dans le règlement de compte personnel, l'antisémitisme et le négationnisme. Dans l'ensemble, je suis frappé par leur qualité et leur variété. De véritables débats intellectuels se sont tenus, sur Heidegger et le nazisme, sur la mort des profs de lettres ou encore sur le dernier roman d'Amos Oz.
Journaliste-blogueur heureux
Je n'ai jamais été autant journaliste que sur mon blog ; il m'a guéri de ma nostalgie de la radio, média que je considérais jusqu'alors comme le plus rapide et le plus direct ; il m'a permis de pratiquer ma profession avec une marge de liberté et une indépendance inédites, puisque j'assume tout et que je ne rends de compte à personne. De plus, alors que j'ai toujours refusé d'écrire mon journal, l'écrivain en moi s'est mué en diariste et prend du plaisir à le rédiger au vu et au su de tous. Comment n'en serais-je pas doublement heureux ? Une inconnue demeure : s'il est évident que la blogosphère va se développer, nul ne sait si le phénomène s'inscrira dans la durée. Rendez-vous dans cinq ans. Renouvelable par tacite reconduction.
Pierre Assouline
http://passouline.blog.lemonde.fr
Écrivain et journaliste, Pierre Assouline a publié une vingtaine de livres, des milliers d'articles et animé presque autant d'émissions de rad [France Culture...). Mû par la passion de l'écrit et de la chose imprimée, il observé la vie littéraire pendant vingt ans en tant que rédacteur en chef du magazine Lire. Il est actuellement chroniqueur au Monde 2 critique pour Le Nouvel Observateur. Depuis octobre 2004, au moment de l'éclosion de nombreux blogs littéraires français, il nourrit quotidiennement sur le site du Monde un blog réputé sur ce thème La République des livres, dont l'audience est en hausse constante.
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Cet article aborde un certain nombre de thèmes importants relatifs au monde des blogs. Je ne vous donnerai pas mon avis sur son blog, vous pouvez le consulter et vous faire le votre.
Par contre, à propos de cet article, la seule critique est, à mon avis, la presque utilisation en nom commun de skyblog... la mise entre guillemets relativise toutefois cette remarque.
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Auteur : Gros Louis
Description : le quotidien d'un internaute amateur :
Un Peu plus sur Louis CHATEL : |
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